Publié : 8 juin 2006
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Des goélands dans la ville,

Chaque année, dès le mois de mars, les toits de certains quartiers de la ville du Havre sont envahis par des couples de Goélands argentés (Larus argentatus), qui viennent installer leur nid et se reproduire. Le Havre n’est pas la seule ville à observer ce phénomène, et, en Seine-Maritime, Fécamp, Dieppe, Le Tréport, voient elles aussi, arriver ces « estivants nicheurs » en nombres plus ou moins importants. Si certains citadins se réjouissent de voir planer dans le ciel, ces magnifiques oiseaux (souvent appelés Mouettes par erreur), symboles de la vie maritime, d’autres se plaignent de leurs nuisances : cris, déjections, agressivité, vol de nourriture, pillages de poubelles, etc… La population est divisée (voir articles de journaux) : il y a les « pour » et les « contre » ! Ceci amène la municipalité à mettre en oeuvre des actions visant à limiter la population des Goélands argentés urbains.

Après des essais infructueux d’effarouchement sonores et de destruction des œufs, la plupart des municipalités optent pour la stérilisation des œufs. Cette méthode « douce » est acceptée par la population qui s’indigne lorsqu’on tue des animaux. Compte tenu du statut d’espèce protégée, il est nécessaire d’obtenir une autorisation au Ministère de l’Environnement pour toutes ces actions.

Comment peut-on expliquer le phénomène ?

Dans les années 70, l’espèce « Goéland argenté » était menacée car les effectifs s‘effondraient dangereusement. Les principales causes étaient la destruction par tirs au fusil et le ramassage des œufs pour les consommer. La prise de conscience des autorités déboucha sur des mesures de protection de l’espèce, ainsi que d’autres de la famille de Laridés (Goélands et Mouettes). À partir de là, les Goélands argentés reconstituèrent leurs effectifs, et aujourd’hui l’espèce n’est plus menacée.

 Pourquoi ces oiseaux viennent-ils s’installer en ville ?

 Au début, les spécialistes ont avancé maintes hypothèses : attraction par la nourriture disponible en ville (poubelles), disponibilité des toits pour nicher (terrasses), confort de la ville par rapport aux falaises, disponibilité de matériaux pour construire les nids, etc. Des observations ont montré que la nourriture et les matériaux ne sont pas les critères principaux dans le choix des toits d’une ville. Un Goéland peut parcourir des dizaines de kilomètres pour aller chercher sa nourriture, même à l’intérieur des terres. Quant aux matériaux, utilisés pour construire un nid rudimentaire, les couples utilisent ce qu’ils trouvent sur place : herbes, ficelle, papiers, algues, plumes, etc. Les toits des maisons leur apparaissent sans doute plus confortables que les corniches des falaises du bord de mer exposées aux intempéries…Il est probable qu’il y a moins de pertes chez les jeunes en ville qu’au bord de la mer.

Il serait intéressant de mettre en route des études pour confirmer ou infirmer ces hypothèses.

Alain DESCHANDOL Mai 2006